Sur fond de mort et de destruction, Milad aide à donner la vie

Milad a 27 ans ; il est infirmier et il travaillait à Nahr al-Bared à l’époque des combats dont ce camp palestinien a été le théâtre en 2007. Son plus grand défi a été d’aider une femme à mettre son enfant au monde, assisté au téléphone par un médecin.

© Franco Pagetti / ICRC / VII. Tripoli, camp palestinien de Nahr al-Bared. Milad, a nurse working at the Palestinian Centre for Young People.

© Franco Pagetti / CICR / VII. Tripoli, camp palestinien de Nahr al-Bared. Milad, un infirmier travaillant pour le Palestinian Centre for Young People.

Je suis infirmier ; c’est ma profession. Je suis resté dans le camp par conscience professionnelle, mais aussi parce que je suis un être humain. Je sais que dans de telles circonstances, je peux faire quelque chose pour les autres. C’est pourquoi j’ai préféré rester avec les habitants du camp et mettre mes compétences à leur service.

Ma première tâche à Nahr al-Bared a consisté à enseigner les rudiments des premiers secours à des amis et à d’autres jeunes habitants du camp. Comme ça, si un jour je n’étais pas là pour soigner un blessé, ils seraient à même de faire quelque chose en attendant que je revienne.

J’ai beaucoup d’images en tête. Je revois toutes ces personnes qui ont été tuées ou blessées sous mes yeux au cours des combats. Tous ces gens qui se sont vidés de leur sang et qui sont morts, faute d’ambulances.

Un jour, alors que les combats faisaient rage, je suis allé au dispensaire Al-Shifa. Devant l’établissement se pressaient de nombreuses personnes dont des proches avaient trouvé refuge dans les abris. Elles étaient venues leur apporter de l’eau et des bougies, entre autres choses. Des bombardements et des coups de feu retentissaient de toutes parts. Je leur ai dit qu’il était trop dangereux pour elles de rester là.

Juste au moment où je pénétrais à l’intérieur, une roquette a explosé devant l’entrée du bâtiment. Ceux qui se trouvaient à cet endroit ont été blessés. Mes collègues et moi avons fait tout ce que nous avons pu pour leur venir en aide, mais deux personnes sont mortes.

© Franco Pagetti / CICR / VII. Tripoli, camp palestinien de Nahr al-Bared.

© Franco Pagetti / ICRC / VII. Tripoli, Nahr el Bared Palestinian camp.

Je me souviens aussi du jour où j’ai aidé une femme à accoucher. Cette nuit-là, à deux heures et quart, des soldats du Fatah al-Islam se sont présentés chez moi. C’était la première fois que je me retrouvais face à des membres de cette faction. Ils m’ont demandé de les aider. J’ai appelé monsieur Riad, au CICR, mais celui-ci m’a dit que l’armée ne les autoriserait pas à envoyer une ambulance dans le camp. Je lui ai alors demandé de trouver un médecin qui m’assisterait par téléphone.

Je connais les gestes à faire, mais là, le bébé s’était retourné et ne se présentait pas par la tête. Ce n’était pas une situation facile et, de plus, c’était le premier enfant que cette femme mettait au monde. Son mari était mort ; il avait été tué. Je me suis rendu chez elle ; elle n’habitait pas loin de chez moi. Lorsque je suis entré, je l’ai vue, entourée des siens. Et malgré leur tradition et leur religion, ils m’ont supplié de l’aider.

Entre-temps, au CICR, ils avaient trouvé un médecin. Je me suis entretenu avec lui au téléphone et il m’a donné des conseils. Deux heures plus tard, à quatre heures et quart, tout était terminé. C’était une petite fille. Ils l’ont appelée Israa – Hamdullah (Dieu merci) !